Mardi 20 mars 2007 à 17:01




Le bonheur est un état de satisfaction et de plénitude.
Quelqu'un d'heureux jouit du bonheur.
La souffrance peut-elle emplir l'humain de bonheur, peut-il en être heureux ? La souffrance est une douleur morale ou physique. La douleur est une sensation pénible, désagréable ou une tristesse profonde. La douleur peut satisfaire un homme.
Un masochiste. Cela ne veut pas dire qu'il est heureux. Comment peut-on jouir de la douleur ? Comment le désagréable devient agréable ?

                                                       Il est là, dans ce coin de mur, recroquevillé. Ses bras cachent son visage. Son corps est contorsionné à chaque son émit. La lune, à travers la fenêtre éclaire d'une lumière bleutée et grise le mur blanc, taciturne. Il pleure. Ses longues mains grises sont posées sur la touffe noire de cheveux qu'il possède. Devant lui se trouvent quatre dessins, sur le parquet assombri. Quelle heure est-il ? Quel jour est-on ? La nuit n'a jamais parut si poignante, si acide. A quatre heures  dans le noir, le ton n'est pas gai : il est froid et douloureux. Douleur, la voilà présente depuis si longtemps. Il n'avait pas cinq ans qu'elle commençait déjà à l'attraper, le mordant et pénétrant en lui. Le serpent et le venin. La douleur physique n'est pas inférieure à la douleur morale : elles ne se séparent jamais. Il n'avait pas cinq ans ; il en avait quatre et un enfant venait de lui assassiner un œil. Jeu puéril qui termina à l'hôpital. Le compas était entré dans sa pauvre prunelle, le sang s'était écoulé, un liquide à la couleur écarlate, hypnotisante, envoûtante. Il coula en se mêlant aux larmes de douleur. Larmes de sang. De son autre œil, son dernier support visuel, il fixa le meurtrier. Quelle sordide image que ce gamin, cet enfant, pleurer son œil crevé, ensanglanté, mort. Un ange de douleur.
                                                Le dessin le plus sinistre était, colorié en gris, l'ongle d'un index perçant un œil. S'y échappait du sang. Beaucoup de sang. Il avait vécu ça comme un étouffement et la lutte la plus infernale. Il avait perdu un de ces trésors bleus. Une partie de lui-même, de ce petit garçon, était morte. Une partie d'innocence. Une partie d'amour. Pourquoi ? Son corps le trahissait. Mal dans sa peau, dégoûté. Une envie de vomir lui resserrait la gorge, il était révulsé. Révulsé de lui-même, et de ses parents si tristes, et de ces infirmières en pitié, et de son institutrice peinée, et de ces enfants dégoûtés. Non ! Il cassa le miroir de sa chambre avec son poing, après s'être regardé une fois de trop. Et il vomit, enfin. Il venait d'avoir cinq années de vie. Le petit lustre macabre. Toute la nuit, il fut malade. Toujours auprès d'un père et d'une mère inquiets et attristés.

                                                  Il était maintenant là, exténué d'avoir dessiné depuis l'aube, d'avoir trop pleurer. Ce dessin venait de le condamner à ne plus jamais se regarder.
                                                                                 
                                                                               Hier, il avait quatorze ans, aujourd'hui, il en a trente. Ce passé si décisif dans sa vie. Combien de dessin de son œil avait-il tracé ? Combien de fois avait-il pleuré en le dessinant ? Cet acharnement était pour certain un don du Ciel, c'était un artiste déjà torturé par le mal-être. Il ne dessinait pas que son œil mort. Il ne dessinait pas que sa perte. Il ne dessinait pas toujours les traits, les lignes, les coloriages qui le mutilaient intérieurement. A ses quatorze ans, son talent pour l'anatomie humaine fut confirmée comme son éternelle et ambiguë histoire avec la douleur. Il découvrit le corps d'une exquise jeune fille. Ses cheveux effleurant son visage, sa main, son souffle dans son cou qui, en intercours, lui glissa : « Dessine moi ».
Ils se rendirent après le collège dans une vieille maison détruite, abandonnée. Il s'assit. Elle resta devant lui, regardant obstinément son œil éteint. Il installa ses feuilles, ses crayons, un fusain, de l'encre de chine. Il la regarda, elle soutint ce regard muni d'un seul iris, bleu acier. Commençant à ôter sa jupe avec lenteur, elle lui dit : « Quelle position ? »
-La plus pure.
Elle déboutonna son chemisier, tête baissée. Ses yeux fixaient le sol. Elle était maintenant en lingerie, dévoilant de longues et fines cuisses, habillées de jarretelles, et un buste à couper le souffle. Elle s'avança vers lui pour demander un dessin de nu qu'il avait déjà fait. Son anatomie, à lui. Elle observa l'œuvre, dominante.
-Tu es prêt ?
Elle défit son soutien gorge et enleva ses bas. Nue. Face à lui. Il commença par quelques croquis, fit des gros plans de son corps, son ventre ou sa gorge. Ensuite, il esquissa ses jambes. Elle était debout, la tête penchée sur le côté, ses longs cheveux auburn cachant son visage. Il commença par ses épaules, ses clavicules. Quelques traits laissant signifier la poitrine. Le téton gauche, foncé par le crayon, repassé au fusain par après. La gorge mise en évidence, relâchée,  désireuse. Son ventre de femme, son ventre de fille. Ses longs bras pâles furent l'objet d'un travail excessif…    Il se remplissait de désir, il y vit la perfection, la plénitude et l'érotisme. Il l'aima. Comme elle aima s'être découverte, se faire découvrir, être analysée d'une façon si tragique. Comme elle l'aima.
Il acheva. Elle s'avança vers lui, passa une main sur son dos, laissant ses cheveux lui tomber dans le visage qu'il huma avec délectation, son souffle lui caressant la nuque. Comme elle, il se retrouva nu, brûlant. Elle lui mordit l'épaule, il lui pinça le sein. Sa main gauche caressa son ventre si doux. Elle se laissa couchée sur le vieux sol de pierres poussiéreuses. Elle frissonna, dos au sol – ou au plafond, elle ne faisait pas attention. Il s'agenouilla sur elle et l'embrassa avec fougue. Baisa son cou, son ventre, son sexe. Il se posa sur elle, lui tenant les hanches. Et ces deux enfants furent unis.
Cet amour dura des mois jusqu'à ce qu'elle lui fasse ses adieux. Adieu à mes portraits, adieu à ton unique œil, adieu à tes baisers.
Douleur assassine et aussi qu'exquise qu'elle. Il la cultiva, l'adorant comme si elle était l'unique souvenir d'elle.

                                                                             Le deuxième dessin était deux corps enlacés dans une vieille maison, deux corps brûlant. Petit détail insolite, le corps du garçon était enchaîné. Ce dessin était d'autant plus malsain qu'à y regarder de près, ce n'était pas deux fougueux adolescents qui découvraient l'extase mais un petit garçon et une petite fille.
Toujours dans son coin, il songea à cette fille qui l'avait tant aimé, qu'il avait tant aimé… Il songea à son passé, au jeune homme ne portant que des cicatrices encore, malgré le temps qui passe, douloureuses et lui laissant un amer goût au fond de la gorge. Connaître l'éphémère bonheur et s'y contenter, telle aurait du être sa démarche. Mais c'est après son départ qu'on se rend compte à quel point la vie paraissait belle. Tels des insectes avides de chaires et de plantes, vers, cloportes, fourmis grouillant dans son esprit ; son désespoir revenant régulièrement et laissant la démangeaison pour signifier qu'il n'était partit que pour un petit temps.
A seize ans, alors qu'il nourrissait encore l'espoir de retrouver celle qu'il avait adoré, on lui apprit sa mort.
Violence, amie, brasier continu dévorant les entrailles des maudits, elle vint à lui . Peut-on imaginer sa détresse ? Son vide ? Sa douleur si intense, si poignardante, si lancinante ?  Il voulut mourir. Et ce mal persistant à lui fracasser la tête invisiblement allait être visible. Du sang ! Du sang ! Oh oui, du sang ! Son crâne fracassé. Son cerveau en bouillie. Plus besoin de souffrir. Plus besoin ; il suffisait de mourir.

                                               C'était un beau soir de pluie. Quand l'air moite et humide ne peut être plus pénétrant. Lorsque la pluie, plutôt que de nettoyer de quelques impuretés le plus laid des personnages, elle l'accable d'un poids insupportable. Et tel un fou, il sortit vers une heure du matin en chemise pour s'affaler sur le goudron d'une rue où il espérait perdre la vie. Il attendait une voiture qui roulerait sur sa pauvre tête pleine de peines, de chagrins et d'amour perdu puisque la pluie ne pouvait le panser de ses affreuses blessures, il allait vaincre sa souffrance. Pleurant, sanglotant et hurlant dans la flaque d'eau, il frissonna, impuissant au drame qu'était sa vie. La délivrance arriva mais plutôt que de lui enlever toute la masse de malheurs collée sur son organe amoureux, les phares de la voiture l'effrayèrent, il pleurait toujours, il pleuvait aussi. Les freins crissèrent, endolorissant ses pauvres tympans. Combien ? Un mètre ? Soixante-quinze centimètres ? Juste des vulgaires mesures non parcourues qui lui ont sauvées la vie. Un homme sortit de la voiture et vit qu'un jeune homme borgne, suicidaire et malade, était couché, paralysé de froid, trempé. Il le prit et l'emmena chez lui. Il réchauffa le garçon avec un thé et lui proposa de coucher chez lui. Son œil bleu gris remercia du regard cet homme qui lui offrait l'hospitalité et y vit qu'un désir s'était embrasé indécemment dans son regard. Et une fois couché, il ne s'étonna pas que l'homme vienne le chercher, le déshabille et lui fasse quelques préliminaires. Et ce désir s'inséra dans son corps, dans sa tête. Violence, il l'appelait. Violence ! L'homme le sodomisa. C'était brutal, ça faisait mal, ça semblait malsain. Et ça lui fit du bien.

                                              L'un des quatre dessins n'était que quelques vaguelettes bleues représentant l'océan bleu marin. Un océan déchaîné comme ses sentiments. Comme la violence qu'il éprouvait envers lui-même et qui devenait furie dans une prison bétonnée.
Veines pétées, animaux tués, sodomisations, relations fusionnelles et extrêmes, boîtes de nuit et alcool fort. Dessin lui rappelant son passé qui avalait tel un boa constrictor le présent à chaque seconde.


Dernier dessin, image de lui-même, recroquevillé dans un coin, contre des murs gris et ternes. Image d'un masochiste. Image du souffre douleur du Destin, le pieux s'enivrant des coups de son bourreau.
Où est le bonheur ?

                                                                                                                                Le 28 février 2007,
                                                                                                                                                                          Kirjava.  [texte et photo'z]

 

Publié par kirjava

Dimanche 11 mars 2007 à 0:41

























Noctambules, vos têtes singulières
se balancent gaiement. On entend une jolie berceuse. Elle voudrait
vous voir rêver, elle devient menaçante. Elle souhaiterait prendre
ces têtes et sur les froids et sales pavés du soir, les
fracasser comme des coquilles d'oeufs. Elle aimerait que
Ces cous de fantaisistes sous ses mains redeviennent la gorge
essoufflée de pauvres mendiants. Oui, elle veut
attraper vos gorges et fracasser vos têtes, elle veut le
sang, elle veut le souffle. Elle a Envie. Et c'est elle
qui sombre dans ses fantasmes.                           
Noctambules, vos yeux s'illuminent
devant les lampions et les feux. Vous apercevez des roses.
Il y en a une qui attire malsainement. Comme une femme
à la bouche de poison exquis et aux seins de putain.
C'est elle qui vous appelle, succube pâle, succube sang.
Elle attire vos regards et endors votre vigilence.
Elle danse, elle ris et éclate de beauté. Vous ne
rêvez que de l'observer, encore. Votre regard amoureux
pourrait s'éteindre par ses longues épines protectrices.
Et de la rose était le dessein. Mais vos regards sont
trop brûlant et l'enflamme avant que vos yeux ne
soient transpercés. La rose est cendrée.            
Noctambules, dans vos moments
De solitudes, la nuit s'ouvre comme la robe d'une
pauvre domestique et laisse entrevoir les étoiles. Vos
rêveries ou vos étourderies inventent les mystères des constellations
et révèlent le visage d'une femme triste qui autrefois
bu avec candeur votre eau. Vos regrets s'envolent,
d'autres vous reviennent et poussent un long, très long
râle, le dernier.                                            
Noctambules, êtres noctures,
combien de fois avez vous oublié le temps? Combien de
fois avez-vous fiancé de jeunes filles? Noctambules,
que vous êtes beaux, que vous êtes chauds. On
rêverait de vous ôter vos chemises de lin, de carresser
votre torse nu. Aimeriez-vous sentir nos langues se
promener avec volupté, dessus? Et nos bouches avides?
Et nos lèvres rejetant la dernière fumée de cigarette, le
dernier verre d'alcool.                                              
Noctambules, votre univers tombe
tous les soirs sur le carrelage blanc sali, où la mousse
s'est installée sur les parois, la lumière est blafarde.
Vos lèvres recherchent l'eau d'un évier où reste des traces de
sperme, d'alcool, de gerbe et de sang. Vous titubez et voyez
flou. Votre dos se cale entre deux murs. Vous pleurez, un
peu.                                                                  
Noctambules, que dites-vous
de la lune? Elle est verdâtre ce soir.                                           
Noctambules, la fumée
vous ennivre. Opium. L'entendez-vous grésiller? Quelques
voix se font entendre au loin mais vous êtes...loin.
La nuit est froide. Les pavés aussi. Vous marchez
silencieux et fous.                                          
Noctambules, votre corps
se détache de votre pensée. Vous êtes trempés
d'alcool, vous empesté le canabis et la sueur. Vous
êtes perdus. Les filles ont sucé votre ardeur. Vous
vous retrouvez et vous detestez. Vous vous assemblez
et hurlez! Mais pourquoi m'as-tu aimé petite salope?
Pourquoi m'as-tu baisé? Et vos rêves enfin évanouis ne
laissent qu'un sentiment amer et un goût de trop. Votre
barbe mal rasée vous donnent un air hirsute. Femme!
Femme! Elles se sont évanouies. Leurs fleurs se sont
fanées. Et tous les pleurs et tous les cris ne percent
pas la nuit. Noctambules, les heures passent vite,
trop vite. Alors on crie. On crie. On crie dans
la nuit. On ne voit plus les routes, ni les rivières. On hurle,
encore. On s'éfface. On a hurlé. On est repu. Le
sentiment d'être obligé à continuer la fête s'installe. On
reprends un verre, on s'achève.                         
Noctambules, le verre vous
invite et vous l'aimez. Il vous attrape. Averti,
vous n'hésitez pas. Comme galope le cheval, votre
soif est avalanche et la nuit est excès, et la nuti
est Envie. La langue happe l'eau, le jus, l'alcool, le
sperme et s'enfouit dans la bouche pour savourer.
Le sang vient après, taches, taches, taches rouges
du ventre d'une demoiselle. Les ours se sont éveillés
et ont sorti leur couteau. Ils ont aimé car vous êtes
des bêtes.                                                                   
Noctambules, la nuit est à sa
fin. Votre berceuse est la musique criarde. Votre berceuse
vous attrape et vous chante :"Go back to sleep".
Et elle s'éteint, comme votre vie, comme vos yeux, comme
votre tête.


-Kirjava, 10 mars 2007-




Images : Darren Holmes

Publié par kirjava

Lundi 5 mars 2007 à 21:44

J'ai bien envie de dessiner de longts traits fins avec une excessive lenteur, avec l'aimée langueur.  J'ai bien envie que ces traits, par leur excessive lenteur, par leur adorable langueur,  me fassent découvrir les beautés d'un visage au regard vide.  J'ai bien envie que ces traits soient mes traits, et que l'attrait que j'y porte ne sois  rien si l'on comparait avec celui d'autres gens.

J'ai bien envie que des demoiselles , avec ce respect devant mes traits, m'appellent "Mademoiselle".
Je rêve, j'ai envie que leur chant glorieux me porte telle une statue érigée en mon honneur. J'ai bien envie que l'honneur soit mien et qu'il ne reste plus qu'un égocentrique être,  orgueilleux et narcissique, lucidité absolue. J'ai rêvé, j'ai envié les fines mains qui se promenaient sur les traits de quelques filles à la chair douce et tendre, comparées à l'agneau de Jésus tenant d'une main sensuelle son corps frêle et enfantin. J'aurais bien envie de me servir à ma guise de leur corps et de pouvoir entre mes dents mordre leur seins d'anorexique.

Il est si facile de vouloir et de rêver aux extravagantes folies des nobles. De se perdre dans la brouillone image d'un corps androgyne vêtu d'une lingerie noire et d'un foulard de soie bleu marine et l'imaginer se tordre dans le saphisme.  Je veux bien d'un homme prêt à maimer mais je rêve, j'ai envie d'une femme à mes côtés, maintenant.

Je veux bien tracer de grands traits noirs à l'encre de chine, pourvu que j'y découvre son visage.

-Kirjava-

Publié par kirjava

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